Paillettes.

1–2 minutes


Les paillettes sont, à elles seules, la trace physique la plus durable de la grande marche.
Elles colorent le vent, collent à la  sueur et dégoûtent du sol que l’on foule.

À la fin du quatrième jour, elles ne se sont pas dispersées.
Elles n’ont pas disparu dans d’obscurs passages.

Une vibration  indicible, désorganisée, spontanée —
une contagion — les avait saisies.
Les corps, et leur musique de tambours et de lumières,
occupent la ville —
indifférents à la nuit qui avance,
ou aux éclairs de soleil du cinquième jour.

C’est un sinistre carnaval,
ni  la Grande Marche,
l’holocauste sacré,
la peine fermentée du premier jour.
ou  les trois jours collés n’ont suffi,
à tuer le silence.
La honte de comprendre sa propre servitude.
Le silence ne doit pas revenir —
il faut l’effrayer,
courir après la maladie.

Cet état de choc qui dure depuis…,
c’est une  immobilité effroyable,
qui  ne peut être purgée que par une hérésie collective,
À mesure que les corps descendent et convergent,
les portails se déforment et les certitudes éclatent.

“Quelle bête saccage ainsi sa propre peau ?”
Et bientôt, “et s’il nous brûle ?”

Les hommes du silence ont été appelés.
Ils perceront les yeux du verrat  sacrifié
devenu, en une nuit, un essaim de sauvages.
Les faiseurs de silence viendront les étouffer
avec leur fumée, leurs cris,
et leurs édifices de camions blindés, de lois, d’ordres directs.

Mais comment l’un peut-il tuer la mer ?
Toujours là. Toujours brisée. Mais sans fin.