Jodi Vikto sé an ansèt.

1–2 minutes

Hier, je suis allé à la veillée d’un parfait inconnu.

Dans cette petite école de Bokannal, abri d’où mansarde nos héritages, c’était une cérémonie proprement populaire.

La voix de Viktor Trèfle est allée rejoindre le long fleuve de notre histoire, contée dans les archives orales. Elle portait la mer, le morne et les contreforts de la ville. Elle grondait au son du tambour autant qu’elle nourrissait l’avenir.

Dans la tradition afro-caribéenne, si ce n’est noire, une veillée n’est pas un événement triste, mais une communion où l’être cher réunit une dernière fois sa communauté avec l’amour qu’il lui a porté.

Viktor Trèfle — Kaktus, pour les uns — était un pilier du quartier Bokannal, l’un des poumons culturels de la Martinique.
Il avait fondé l’AM4, Tambour Kôkannal.

Par son militantisme, cet art de vivre bèlè, son kanman, il avait inspiré trois générations et tout un peuple.

Son chant est désormais inscrit aux chants secrets que l’on fredonne quand nos âmes dialoguent avec les ancêtres.